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Société
Les Français invités à rouler phares allumés à
partir de dimanche
par Cécile Brisson
PARIS (AP) -- Le gouvernement appelle les automobilistes à allumer leurs
feux de croisement, même de jour, lorsqu'ils circulent hors
agglomération. Il espère ainsi limiter le nombre d'accidents de la route
et épargner des vies. Mais cette expérimentation, qui doit durer cinq
mois à partir de dimanche, est vivement critiquée par les associations
de cyclistes et de motards qui la jugent dangereuse.
D'après la Sécurité routière, qui dépend du ministère des
Transports, l'allumage des feux de croisement le jour pourrait permettre
d'épargner «entre 5 et 8% des tués et entre 3 et 13% des blessés» sur
les routes françaises d'ici le 31 mars, terme de l'expérimentation.
«Le principe est de faciliter la perception des différents usagers entre
eux», note-t-elle dans un communiqué. «Un véhicule avec les feux
allumés reste plus visible qu'un véhicule feux éteints».
La recommandation a été adoptée lors du comité interministériel de la
sécurité routière le 7 juillet dernier. L'expérimentation doit
permettre de «vérifier concrètement que cette mesure est bien adaptée
à notre pays», selon la Sécurité routière. Depuis vendredi, des
publicités diffusées à la radio et à la télévision tentent d'en
convaincre les automobilistes.
Les motards, en revanche, sont loin d'être convaincus. Depuis 1975, ils
étaient les seuls à rouler avec leurs feux de croisement allumés le
jour pour renforcer leur visibilité. «L'allumage des codes des motos a
permis que ces véhicules de gabarit réduit soient mieux identifiés par
les autres usagers et ainsi, de diminuer l'accidentologie. Généraliser
cette mesure, c'est mettre en danger la vie des usagers les plus
vulnérables!» s'inquiète la Fédération française des motards en
colère (FFMC) dans une pétition qui a déjà recueilli, selon elle,
«plus de 50.000 signatures».
La FFMC appelle les automobilistes à boycotter la recommandation
gouvernementale «afin de ne pas mettre en danger les usagers de la route
les plus fragiles, piétons, vélos, cyclos et motos». Et elle demande
aux pouvoirs publics de retirer «immédiatement cette mesure
criminelle».
La FUBicy (Fédération française des usagers de la bicyclette) dénonce
dans un communiqué «l'absence de prise en compte des usagers non
motorisés». «Si les automobilistes s'habituent à adapter leur conduite
en fonction de la présence ou non de phares dans leur champ visuel, la
FUBicy redoute un accroissement du nombre d'accidents graves pour les
cyclistes».
«Bien loin de responsabiliser les conducteurs vis-à-vis des usagers non
motorisés, l'allumage des codes leur donnera un sentiment de sécurité
supplémentaire et les incitera à rouler plus vite», prédit pour sa
part la FNAUT (Fédération nationale des associations d'usagers des
transports). Elle rappelle que cette pratique a été expérimentée en
1999-2000 dans les Landes sans donner «de résultats convaincants».
Selon la FNAUT, elle «provoquera une augmentation non négligeable de la
consommation des voitures, donc des émissions de gaz polluants et
générateurs d'effet de serre».
L'UFC-Que choisir de Mont-de-Marsan juge cette mesure «inefficace car les
principales causes d'accidents sont autres: alcool, fatigue, vitesse,
distraction...»
Reste que 55% des conducteurs français ont l'intention d'allumer leurs
feux de croisement le jour hors agglomération, selon un sondage Louis
Harris réalisé les 8 et 9 octobre et publié mardi dans le magazine
«Auto Plus». Même s'ils sont 57% à penser que cette mesure n'aura
aucun effet bénéfique sur la sécurité routière. AP
© Le Nouvel Observateur 2003/2004 |