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La Fédération pour les Circulations Douces en  Essonne lutte  pour la sécurité et le confort des déplacements  non motorisés  ( à pied, en fauteuil roulant, à vélo, à rollers)

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Retour vers sommaire du Dossier gyropodes et engins sur trottoirs

mis en ligne le 7 septembre 2010, révisé et mis à jour le 12 janvier

le robot Hubo au guidon d'un gyropode Huboway

 Le robot Hubo pilote le gyropode Huboway, copie conforme du Segway, mis au point au KAIST, l'institut coréen de Sciences et  Technologie du Futur.

Le monde de science fiction que l'on nous promet

 

 

 

 

 

 

 

Une jeune femmes assise sur un siège automobile mono-roue

Le U3-X, "assistant  à la mobilité monoroue” de Honda, suit tous les mouvements du corps.
 

Le gyropode, plaie des trottoirs du futur ?

Où l'on reparle du gyropode Segway (le transporteur humain ! devenu depuis le transporteur individuel) et des autres engins motorisés hybrides de confort, tolérés sur les trottoirs et source de stress et de peur pour les piétons vulnérables.

Dès la fin 2004 les Droits du Piéton (voir l'article de J-P Lechevalier tiré de la revue Liens des DDP Faudra-t-il interdire les trottoirs aux piétons? ) et la FCDE (voir l'article le Segway et autres aides aux déplacements piétonniers) s'inquiétaient de l'arrivée en force sur les trottoirs, en plus des patinettes et trottinettes classiques, de nombreux engins motorisés y circulant parce que non homologués pour la circulation sur la chaussée. Parmi ces derniers, on commençait à voir le gyropode Segway, invention géniale mais destinée, si on n'y prête garde, à devenir la plaie des trottoirs au 21ème siècle.

Nous avions pris à son égard une attitude modérée en acceptant qu'il puisse être toléré sur les trottoirs à moins de 6 km/h et sans occasionner de gêne aux piétons, si sa carte électronique le limitant à la vitesse du pas était affichée visiblement. Quatre ans plus tard le lobbying tous azimuts et la politique agressive de promotion de l'engin par la compagnie Segway nous a rendus plus circonspects.

En effet, après la présentation de son invention en décembre 2001, Dean Kamen avait obtenu, en 2002, un avis apparemment favorable de la Commission européenne pour son usage sur les trottoirs. Fort de cet avis, le Directeur des affaires réglementaires en Europe de la société Segway, Nicola Dallatana, avait dans la foulée obtenu de la Direction de la sécurité routière (DSCR) française l'autorisation « de l’expérimenter dans un nombre de lieux limités ... à la vitesse maximale de 6 km/h » sur les trottoirs de France (Lire l'autorisation donnée par la Direction de la sécurité routière le 8 janvier 2003).  Expérimentation contestable car ni définie, ni encadrée, ni limitée dans le temps, et confiée au fabricant lui-même. 

Pourtant les associations de défense de droits des piétons se dressaient en nombre aux Etats-Unis contre cet usage (Lire le Segway est un véhicule - The SegwayTM Is a Vehicle). Ce que relevait d'ailleurs dès le mois de mai 2003 la députée européenne Kathleen Van Brempt dans une question écrite à la Vice-Présidente Mme de Palacio. Dans sa réponse Mme de Palacio faisait remarquer que l'union européenne n'avait pas autorité dans ce domaine. Lire la question de K.Van Brempt et la réponse de Mme de Palacio de juin 2003

Dans sa logique implacable, la France cartésienne, comme une poule qui a trouvé un couteau, ne savait pas où classer cet ORNI (objet roulant non identifié). Il n'était pas réceptionné et n'entrait pas dans les définitions d'un véhicule, et encore moins d'un cycle avec ses 2 roues latérales ; à 5000 Euros environ alors, il pouvait  difficilement être considéré comme un jouet, tel la planche à roulettes. Elle lui a donc offert les trottoirs sur un plateau ... Nous le disions déjà en 2005, comme si le trottoir était un lieu de non-droit toléré.

L'inventeur ne manquait jamais d'insister sur le très large éventail d'usages qu'offre son invention. En effet, comme le fauteuil électrique pour personnes handicapées, son propriétaire peut le mettre en route dans sa chambre, et le conduire tout au long d'une chaîne continue de déplacements, y compris en empruntant les transports en commun, de Paris à New-York ou Pékin, ... et tout cela sans effort.

Son objectif était clairement que tous les espaces de circulation lui soient ouverts puisque sa vitesse peut aller de zéro à 20 km/h ou plus, très facilement. Mais dès le début, pour marquer son ambition que la machine ne reste pas bloquée dans un seul espace, la société Segway France, échaudée par ses déboires juridiques dans certains états et villes des Etats-Unis, a banni de son vocabulaire le terme ‘’véhicule’’ pour décrire cet objet totalement différent. Elle voulait ainsi marquer qu'on ne pouvait pas le réduire à tout autre machine de transport connue et l'a donc baptisé  "transporteur personnel" dans sa novlangue commerciale. Elle a très bien intégré l'avantage que sa machine soit autorisée sur les trottoirs en France. Les patineurs rapides, pourtant assimilés piétons, ne sont-ils pas tolérés sur la chaussée ?

Le discours de son service communication remarquablement relayé par le réseau des vendeurs et loueurs, s'adapte depuis des années au public et à la cible commerciale. La machine est "cool" pour les jeunes branchés (se limiteront-ils à la vitesse du pas sur les trottoirs?), mais pilotable en 5 minutes de formation par un papy. (Ce qui est vrai, puisque  même un singe peut la conduire comme le montre une vidéo japonaise de 2007 ! (Voir la vidéo d'un chimpanzé conduisant un Segway)

Début 2009, la commission transport de la Société française de terminologie, fidèle à sa tradition de rigueur a décrit le nouvel engin pour ce qu'il était : un "véhicule électrique monoplace, constitué d’une plateforme munie de deux roues sur laquelle l’utilisateur se tient debout,  d’un système de stabilisation gyroscopique et d’un manche de maintien et de conduite."  Et la publication au Journal officiel du 26 mai 2009 du terme gyropode pour définir une nouvelle catégorie incluant le Segway dans la nomenclature des moyens de transport amis fin à l'aberration qu'un "non-véhicule" ait pu circuler sur les trottoirs de France depuis 2003.

Quelle est la situation aujourd'hui ?

La société Segway a aussitôt modifié toutes ses documentations et imposé à ses dépositaires et loueurs officiels l'usage du terme gyropode.

On y lit  que ‘’le Gyropode Segway® ‘est un moyen de transport alternatif propre, ludique et efficace,… rien de tel pour se déplacer, pour aller faire des courses ou pour aller au travail (cliquez) tout en rendant ludique ce trajet de quelques kilomètres. J’évite les embouteillages pour me rendre au bureau. ….Je me faufile entre les piétons, sans accroc, comme si ils savaient où j’allais. Vous pouvez également rouler à l’intérieur des bâtiments, prendre l’ascenseur jusqu’à votre bureau …’’

 

Les photos montrent uniquement des piétons heureux du voisinage imposé. Le Segway n'est-il pas un piéton par sa maniabilité et sa discrétion ? En revanche, on cite comme avantage pour les policiers leur position imposante du haut de sa plate-forme. Des vidéos montrent des "aventuriers" le conduisant dans la neige, sur les flaques d'eau salée de la plage, zigzaguant autour des promeneurs dans les parcs. Des candidates au titre de Miss France défilent dans les rues "manche à balai" du Segway en main.

Pourtant dans de nombreux pays, selon leur législation, l'autorité nationale ou locale habilitée à délivrer une autorisation de circulation l'a classé véhicule électrique et refusé qu'il circule sur les trottoirs, par exemple en Grande Bretagne ou en Suisse. On remarquera qu'en Suisse, 5 ou 6 malades souffrant de sclérose en plaques ont obtenu une autorisation à titre exceptionnel, affichée clairement par une plaque apposée sur la machine.

Aujourd'hui nous pouvons voir à Paris, Lyon, etc., ce qui risque de se passer dans les 10, 20, ou 30 prochaines années si nous n'y prenons garde.

Les agences de voyages y ont mis au point des parcours touristiques. Les clients, encadrés par des moniteurs, défilent en cortèges de 6 à 8 personnes à la queue leu leu.

A Paris, cela se passe pour l'instant essentiellement dans le quartier des Champs-Élysées et de la Tour Eiffel sur des trottoirs heureusement assez larges.

Malgré le guide de savoir-vivre Segway prônant le respect des piétons et de la législation mis en ligne récemment, on nous a signalé que, souvent, arrivés dans le quartier tranquille derrière la Tour Eiffel, certains groupes ont quartier libre : ils descendent des trottoirs et se lancent dans des courses poursuites (à 6 km/h donc ?) et testent les possibilités d'équilibre de leur machine SUR LA CHAUSSEE.

A Lyon, en réponse à nos questions, les moniteurs nous ont dit circuler principalement sur les trottoirs, voire avec des incursions sur la chaussée, là où leur progression est la plus facile. Ils nous ont dit avoir toute latitude pour la vitesse, plus ou moins élevée selon l’encombrement. Aucun n’était au courant de la limitation à 6 km/h contenue dans l’autorisation.

A l'inverse on constate maintenant que certaines de ces agences organisent des visites accompagnées de la ville à vélo. On n'aurait rien à en dire si ce n'est que certains groupes de cyclistes suivent A VELO SUR LES TROTTOIRS les itinéraires habituels des Segways. Il est vrai que la mauvaise réputation des automobilistes français, et particulièrement parisiens, est une bonne excuse pour ces pratiques ILLEGALES.

Quoi qu'en disent les loueurs de Segway, ils y sont gênants. Les piétons, craignant d’être heurtés ou renversés, n'ont pas d'autre choix que de  s'écarter pour les laisser passer. Mais la Société Segway qui bénéficie depuis  février 2003  d'une autorisation temporaire accordée à titre expérimental a tout intérêt à nier l'existence de ce problème de cohabitation forcée. Le rappel par  l'administration française que « les trottoirs et les aires piétonnes sont des espaces dédiés aux piétons, usagers vulnérables qui ne doivent pas y voir leur sécurité compromise. » apparaît comme un vœu pieux qui souligne l'incohérence de sa décision : elle ne pouvait pas ignorer les combats engagés aux Etats-Unis sur ce problème dès la commercialisation du Segway en 2001.

Le Segway et autres gyropodes, les scooters et patinettes électriques de loisirs, et le Code de la rue

Il a été demandé au groupe travaillant sous l'égide du CERTU sur le Code de la rue, de revoir le statut des machines non réceptionnées "d'aide aux déplacements piétonniers". Une première étude avait été faite, il y a plus d'un an, mais elle n'avait pas abouti.

L'Association Les Droits du Piéton demande l'application stricte du Code de la route tel qu'il existe actuellement, avec pour seule modification, les précisions à apporter au statut des fauteuils électriques et des engins électriques d'aide au déplacements des PMR (Personnes à mobilité réduite) dont la vitesse est limitée par construction à la vitesse du pas. Comme les personnes en fauteuil manuel ou les piétons valides, leurs usagers doivent pouvoir circuler sur les trottoirs, mais aussi en descendre et circuler sur la chaussée y compris à contresens, s'ils ne sont pas praticables (véhicule en stationnement sauvage, trottoir défoncé, etc.).

Le Segway® (de même que tout autre gyropode rapide) ne peut entrer dans cette catégorie, même s'il est vrai que l'on peut envisager des dérogations exceptionnelles pour des personnes ayant des difficultés médicalement avérées pour s'asseoir et pour marcher. Ce n'est apparemment qu'une infime minorité des usagers potentiels.

Les gyropodes et autres véhicules motorisés ne doivent pas être autorisés sur les trottoirs :

1 - parce qu'ils roulent plus vite que le pas moyen d'un piéton. En nombre, ils causeront du stress plus particulièrement aux parents de jeunes enfants, aux personnes âgées et aux PMR (Personnes à mobilité réduite).

2 - ils prennent plus de place qu'un simple piéton, et n'ont pas la capacité des piétons valides, même marchant très vite ou courant, de s'arrêter net ou de s'effacer devant une personne moins agile.

3 - seules les personnes réellement handicapées pour la marche (voir plus haut l'exemple suisse) devraient pouvoir les utiliser, et la meilleure protection contre les abus prévisibles (utilisation par sauts de puce sur trottoirs pour dépasser des embouteillages ou prendre des raccourcis) est que les gyropodes et scooters autorisés pour cet usage soient limités A LA FABRICATION, et non par clé électronique ou autre bridage réversible, à 4 km/h, vitesse du pas humain moyen. La vitesse de 6 km/h est la vitesse du pas humain rapide, et 6 ou 7 km/h celle du pas du cheval.

Comment classer le Segway dans le Code de la Route ?

Selon les caractéristiques fournies par la société Segway France cet engin peut rouler à 20 km/h et sa puissance est de 3 kW..

Le Code de la route définit à l'article R311-1 les diverses catégories de véhicules, dont la suivante :

’’4. 1. Véhicule de catégorie L1e : véhicule à deux roues dont la vitesse maximale par construction est égale ou supérieure à 6 km / h et ne dépasse pas 45 km / h et équipé d'un moteur d'une cylindrée ne dépassant pas 50 cm ³ s'il est à combustion interne ou d'une puissance maximale nette n'excédant pas 4 kilowatts pour les autres types de moteur’’.

On voit que le Segway entre parfaitement dans la définition du véhicule de catégorie L1e du Code de la Route. Dès lors, nous ne voyons pas pourquoi il ne serait pas traité en conséquence.

Les cycles (catégorie 6.10) bénéficient par endroits de chaussées spécialisées (pistes cyclables), distinctes du trottoir sur lesquelles les cyclomoteurs, appartenant aujourd’hui à la catégorie L1e précisément, ont été autorisés pendant un certain temps. Mais la distinction a ensuite été faite, à juste titre, de ne plus mélanger les véhicules à propulsion musculaire avec les véhicules motorisés. Plus récemment, les cycles à pédalage assisté (catégorie 6.11) ont été assimilés aux cycles mais sous une condition de puissance extrêmement encadrée de 0,25 KW, soit seulement 1/12 de la puissance du Segway ! On voit donc que le Segway ne saurait prétendre, non plus, à être assimilés aux cycles à pédalage assisté.

Conséquence du classement dans la catégorie L1e

Les véhicules entrant dans cette catégorie sont réceptionnés CE et immatriculés. (Article R321-9 ‘’Le constructeur adresse la demande de réception CE d'un type de véhicule, de système, ou d'équipement au ministre chargé des transports’’.

Ils doivent posséder divers équipements obligatoires, dont un éclairage (Article R313-1 ‘’Tout véhicule ne peut être pourvu que des dispositifs d'éclairage ou de signalisation prévus au présent code’’).

Ils ne doivent pas circuler sur les trottoirs, les aires piétonnes et les voies vertes  (Article R412-7 ‘’Tout conducteur doit, sauf en cas de nécessité absolue, faire circuler son véhicule exclusivement sur la chaussée. ……. Les conducteurs de véhicules motorisés ne doivent pas circuler sur une voie verte, ni dans une aire piétonne »)

 Le partage de l'espace doit-il toujours se faire au détriment du plus faible des usagers ?

Quand Segway France indique que son engin permet d’éviter les embouteillages et  de se faufiler  entre les piétons, il vise essentiellement une utilisation sur les trottoirs et aires piétonnes, c’est à dire l’ensemble de l’espace piétonnier urbain public.

Or, le Code de la Route protège strictement l’espace piétonnier de tout véhicule motorisé. L’exception du fauteuil roulant pour personne à mobilité réduite est parfaitement justifiée. Le vélo lui-même, non motorisé, sinon avec une très faible puissance strictement encadrée (VAE- vélo a assistance électrique), n’est pas autorisé sur les trottoirs mais seulement, à faible vitesse, sur les aires piétonnes (Article R431-9 ‘’Les conducteurs de cycles peuvent circuler sur les aires piétonnes, sauf dispositions différentes prises par l'autorité investie du pouvoir de police, à la condition de conserver l'allure du pas et de ne pas occasionner de gêne aux piétons’’).

A supposer que l’on crée une nouvelle catégorie pour le Segway, l’autorisant notamment à circuler sur l’espace piétonnier, cela reviendrait à donner à un engin relativement rapide et fortement motorisé des droits supérieurs à ceux du vélo, véhicule non motorisé (ou très faiblement) ! Il en résulterait une totale incohérence dans l’ensemble du Code de la Route.

Évidemment, ne manqueraient pas de s’introduire dans cette brèche toutes sortes de véhicules équivalents. Pour retrouver une certaine cohérence, il faudrait bien sûr ouvrir le même droit aux vélos.

Traditionnellement, le trottoir a été le lieu affecté aux piétons, clairement séparé de la chaussée, affectée aux véhicules.

Dans les années 50 et pendant plus de 30 ans, le trottoir a été raboté et des plantations y ont été supprimées afin de faire toujours plus de place à la voiture, ce qui a conduit à une impasse sur laquelle on revient lentement depuis une dizaine d’années. Néanmoins, la voiture continue à les envahir, sournoisement, en y stationnant illicitement, car les méthodes de contrôle sont inefficaces. A cette occupation s'est ajoutée celle du stationnement des motos, organisé ou toléré, là où le stationnement automobile est difficile.

Alors que l’encombrement par la voiture persiste, le renouveau du vélo  a amené sur les trottoirs une nouvelle occupation, également illicite, certes peu dangereuse, mais néanmoins très gênante, due à la circulation de nombreux cyclistes inexpérimentés, et au stationnement des vélos, situation qui n’est pas davantage contrôlée.

Enfin, la pression exercée par les commerces pour une occupation excessive et abusive, de plus en plus fréquente dans les centres-villes, n’est pas bien contrôlée non plus.

Aussi nous posons la question suivante : serait-il vraiment judicieux d’ajouter un nouveau problème en autorisant ces véhicules motorisés a y circuler

Cela ruinerait le trottoir, dernier espace de tranquillité et de sécurité qui subsiste dans nos villes, envahies par une intense circulation automobile.